les taxes.
Écrit par Aldo SARCIAUX le 3 avril 2025
Saint-Pierre-et-Miquelon taxé à 50%, La Réunion à 37%, la Polynésie à 10%: les droits de douane spécifiques à l’outre-mer annoncés mercredi par l’administration Trump ont déclenché un mélange d’incompréhension et de colère dans les territoires concernés.
Alors que la France hexagonale et l’Union européenne écopent de droits uniformes de 20%, les départements, régions (DROM) ou collectivités d’outre-mer (COM) français se voient appliquer des taux sans logique apparente, sans que Washington n’ait clairement expliqué ses critères.
« L’intention initiale de taxer différemment les territoires ultramarins est profondément politique. Elle témoigne surtout du cumul d’incohérences, d’absurdité et d’incompétence », a réagi auprès de l’AFP Manuel Valls, ministre des Outre-mer.
Une liste jugée incohérente par les élus locaux
Du côté des élus ultramarins, la stupeur domine. « Il n’y a pas de cohérence », juge la sénatrice (LR) de Saint-Barthélemy Micheline Jacques, à la tête de la délégation sénatoriale aux outre-mer, qui redoute « un impact considérable pour certains territoires », notamment Saint-Pierre-et-Miquelon, dont l’économie repose en partie sur la pêche vers l’Amérique du Nord.
Le député de ce petit territoire à quelques encablures des côtes canadiennes, Stéphane Lenormand, se dit « inquiet » et dénonce une « forme d’incompréhension qui traduit l’incompétence de l’administration américaine ».
Il s’interroge sur les chiffres avancés par la Maison-Blanche. « On est un petit marché d’un peu plus de 6.000 habitants, je ne pense pas que ce soit nous qui soyons à l’origine du déséquilibre de la balance du commerce extérieur américain », ironise-t-il.
L’élu appelle à une réponse ferme de la France et de l’UE, comme la présidente de la région Réunion, Huguette Bello. « Donald Trump est un ignorant », cingle-t-elle.
Des territoires peu exportateurs
« Le moins qu’on puisse dire, c’est que les outre-mer ne sont pas des puissances commerciales », tranche auprès de l’AFP Ivan Odonnat, directeur général de l’Iedom-Ieom, la banque centrale des territoires ultramarins français.
À l’exception de la Nouvelle-Calédonie, qui exporte du nickel – mais vers l’Asie, et qui ne figure pas dans le tableau de M. Trump -, la quasi-totalité des territoires présentent un déficit commercial massif.
À La Réunion, les exportations de biens atteignaient en 2022 environ 320 millions d’euros, contre sept milliards d’euros d’importations annuelles, selon M. Odonnat.
Les taux de couverture – le rapport entre exportations et importations – sont très faibles: entre 5% et 15%, contre environ 90% pour la France. « Ce sont des territoires qui n’existent nulle part sur la carte du commerce international », insiste M. Odonnat, doutant de la pertinence des mesures de M. Trump.
Une filière exportatrice exposée: la pêche polynésienne
En Polynésie française, les droits de douane suscitent une vive inquiétude. M. Odonnat évoque une filière pêche « très structurée », qui exporte beaucoup vers les États-Unis, notamment du thon frais.
Selon le sénateur de la Polynésie Teva Rohfritsch, près de 1.600 tonnes sont exportées chaque année, soit 92% des exportations polynésiennes en valeur (2,1 milliards de francs Pacifique, soit environ 17,5 millions d’euros). Les perles noires, le monoï et la vanille de Tahiti sont également des produits recherchés.
« Nos importateurs sont sur le qui-vive depuis l’élection de Donald Trump », affirme à l’AFP M. Rohfritsch. Si les taux appliqués à la Polynésie restent faibles (10%), les États-Unis représentent le deuxième débouché commercial du territoire, derrière la France hexagonale.
Autre secteur sous surveillance: le tourisme. Les Américains constituent la première clientèle étrangère du territoire. Or une dépréciation du dollar, le but recherché par l’administration Trump selon M. Odonnat, pourrait rendre les séjours en Polynésie plus coûteux pour ces visiteurs.
• Une logique américaine au mépris du droit européen
Sur le papier, les DROM, comme La Réunion, font partie intégrante du territoire douanier de l’UE. A ce titre, ils devraient être soumis à la même taxation que la métropole. Les COM, elles, disposent de plus de souplesse tarifaire.
Pourtant Washington a visiblement choisi d’ignorer ces subtilités juridiques. « Les Américains ont une vision du monde qui est la leur », glisse le directeur de l’Iedom-Ieom, « pour eux, les territoires français d’outre-mer sont surtout d’outre-mer et à peine français ».
Une vision que l’ancien ministre des Outre-mer et sénateur de la Guadeloupe Victorin Lurel juge « étonnante ». « C’est quelque part une contestation de la présence française dans ces territoires », estime-t-il.
Au-delà des considérations symboliques, ces nouvelles taxes sont surtout « des éléments de perturbation dans l’ordre commercial » mondial, relève M. Odonnat. De nature à « compliquer l’équation économique des outre-mer », ajoute-t-il.
Encore plus étonnant, Donald Trump a imposé des droits de douane de 10% sur les importations en provenance des territoires australiens des îles Heard et McDonald, dans la région subantarctique, inhabitées par l’Homme, qui abritent seulement des colonies de …